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Congé maternité suivi d'un licenciement : nullité absolue et recours

PJ
Pauline JEANNOEL
5 min de lecture
Droit du travail

Le retour de congé maternité constitue une période particulièrement protégée, par le code du travail, pour les salariées. Pourtant, certaines employées apprennent, parfois quelques semaines seulement après leur reprise, qu’elles sont licenciées.

Or, le Code du travail encadre strictement les possibilités de rupture du contrat de travail pendant et après le congé maternité. Lorsqu’un employeur méconnaît ces règles, le licenciement encourt la nullité, avec des conséquences importantes tant pour la salariée que pour l’entreprise.

Une protection absolue pendant le congé maternité

Pendant toute la durée du congé maternité, l’employeur ne peut pas rompre le contrat de travail de la salariée (article L. 1225-4 du code du travail).

Cette protection est dite « absolue ». Elle interdit non seulement le licenciement, mais également la notification de toute mesure préparatoire à un licenciement.

Il existe seulement deux exceptions :

  • la faute grave de la salariée, sans lien avec son état de grossesse ;
  • l’impossibilité de maintenir le contrat de travail pour un motif étranger à la grossesse ou à l’accouchement.

Même dans ces hypothèses, aucun licenciement ne peut être notifié pendant la période de suspension du contrat de travail résultant du congé maternité.

Une protection qui se poursuit après le retour de congé maternité

À l’issue du congé maternité, la salariée bénéficie encore d’une période de protection dite « relative ».

Cette protection s’étend pendant les dix semaines suivant l’expiration du congé maternité ou la prise des congés payés immédiatement accolés à celui-ci (article L. 1225-4 du Code du travail).

Durant cette période, l’employeur ne peut prononcer un licenciement que dans les deux situations suivantes :

  • en cas de faute grave de la salariée ;
  • en cas d’impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la maternité.

L’employeur doit être en mesure de démontrer que la rupture est totalement indépendante de la grossesse, de l’accouchement ou du retour de congé maternité.

Quand le licenciement est-il nul ?

Le licenciement est nul lorsqu’il est prononcé en violation des règles protectrices de la maternité (article L. 1235-3-1 du code du travail).

La nullité peut notamment être retenue lorsque :

  • le licenciement est notifié pendant le congé maternité ;
  • le licenciement intervient durant la période de protection postérieure sans que les conditions légales soient réunies ;
  • la maternité a influencé la décision de l’employeur ;
  • la rupture constitue en réalité une mesure discriminatoire fondée sur la grossesse ou la maternité.

La nullité est particulièrement protectrice puisqu’elle efface juridiquement le licenciement.

Quels recours pour la salariée ?

Demander sa réintégration

La salariée peut solliciter sa réintégration dans l’entreprise.

Lorsque cette réintégration est possible, l’employeur doit rétablir la salariée dans ses fonctions ou dans un emploi équivalent.

La salariée peut alors obtenir le paiement des salaires dont elle a été privée entre son éviction et sa réintégration.

Obtenir une indemnisation

La salariée n’est pas tenue de demander sa réintégration.

Elle peut préférer solliciter une indemnisation devant le Conseil de prud’hommes.

En cas de nullité du licenciement, l’indemnité accordée ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois (conformément à l’article L. 1235-3-1 du Code du travail).

Cette indemnité s’ajoute, le cas échéant :

  • à l’indemnité compensatrice de préavis ;
  • à l’indemnité de licenciement ;
  • aux dommages-intérêts réparant d’autres préjudices distincts.

Faire reconnaître une discrimination liée à la maternité

Dans certaines situations, le licenciement s’inscrit dans un contexte plus large de discrimination (article L. 1132-1 du Code du travail).

Une mise à l’écart au retour du congé maternité, une rétrogradation, un retrait de responsabilités ou une dégradation des conditions de travail peuvent constituer des indices de discrimination.

La salariée peut alors obtenir la réparation intégrale du préjudice subi.

Comment prouver l’illégalité du licenciement ?

Le droit de la discrimination prévoit un aménagement de la charge de la preuve.

La salariée doit présenter des éléments laissant supposer l’existence d’une discrimination ou d’une violation de sa protection maternité.

Il appartient ensuite à l’employeur de démontrer que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination et conformes aux exigences légales.

Les échanges de courriels, les évaluations professionnelles, les attestations de collègues ou encore la chronologie des événements peuvent constituer des éléments de preuve particulièrement utiles.

À retenir

Le congé maternité ouvre droit à une protection parmi les plus fortes du droit du travail. Lorsqu’une salariée est licenciée pendant son congé maternité ou dans les semaines qui suivent son retour, il est essentiel d’examiner attentivement les circonstances de la rupture.

Dans de nombreux cas, le licenciement peut être déclaré nul, permettant à la salariée d’obtenir sa réintégration ou une indemnisation significative devant le Conseil de prud’hommes.

Le cabinet J2S AVOCATES se tient à votre disposition afin de faire un point sur votre situation et de faire valoir vos droits.

FAQ : Congé maternité suivi d'un licenciement : nullité absolue et recours

Peut-on licencier une salariée pendant son congé maternité ?

Pendant le congé maternité, la protection est absolue : l'employeur ne peut pas rompre le contrat, ni même engager des mesures préparatoires. Seules la faute grave (non liée à la grossesse) ou l'impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la maternité permettent une rupture, mais le licenciement ne peut jamais être notifié durant cette période de suspension.

Quelle est la durée de la protection après le retour de congé maternité ?

À l'issue du congé maternité, la salariée bénéficie d'une protection relative pendant 10 semaines. Ce délai court à partir du jour de la reprise du travail ou de l'expiration des congés payés s'ils ont été pris immédiatement après le congé maternité.

Quelles sont les conditions pour un licenciement après le congé maternité ?

Durant les 10 semaines suivant le retour, l'employeur ne peut licencier la salariée qu'en cas de faute grave ou d'impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à la maternité. Il doit prouver que la rupture est totalement indépendante de la grossesse ou de l'accouchement.

Que se passe-t-il si mon licenciement est déclaré nul ?

En cas de nullité du licenciement, vous pouvez demander votre réintégration dans l'entreprise à votre poste ou un emploi équivalent avec paiement des salaires perdus. Si vous refusez la réintégration, vous avez droit à une indemnité minimale égale aux 6 derniers mois de salaire, en plus des indemnités de rupture classiques.

Comment prouver que mon licenciement est lié à ma maternité ?

La salariée doit présenter des éléments factuels (emails, chronologie des faits, témoignages) laissant supposer une discrimination. C'est ensuite à l'employeur de démontrer, par des éléments objectifs, que sa décision est totalement étrangère à la maternité.

Est-ce qu'une rupture conventionnelle est possible au retour de congé maternité ?

Oui, une rupture conventionnelle peut être conclue au retour d'un congé maternité, à condition qu'elle soit signée sans fraude ni violence, et que le consentement de la salariée soit libre et éclairé, hors de toute pression liée à la reprise de poste.

PJ

Pauline JEANNOEL

Avocate en droit du travail sur Lyon

Lyon
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